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J’avais une trentaine d’heures de vol (virtuel) sur le Jet Ranger Bell 206 de Flight Simulator 2004, et me demandais si ce que je faisais avait un sens dans la réalité.

Je demandai alors à Gilles, un ami breveté pilote hélico depuis une dizaine d’années, si le manche était « dur », quelle amplitude donnait-on dans la réalité aux mouvements…

“Et les pieds ? Je ne comprends pas trop comment doser… ”
- C’est aux fesses, que ça se sent. Evidemment, avec ton siège de bureau, tu ne dois pas sentir grand’chose !

 

Son œil s’allume soudain, puis il me dit

- Si tu veux, tu n’as qu’à venir voir toi-même. Je dois justement renouveler ma licence, et tel que je connais l’instructeur, je suis sûr qu’il te mettra en place droite, rien que pour voir ce que peut faire un simmeur.

 

Ce qui fut dit fut fait, et un dizaine de jours plus tard, nous étions en route vers la Beauce. Sur le trajet, je demandai à Gilles comment était cette base où nous allions, s’il y avait plusieurs pilotes, plusieurs hélicos…  

- Ah, tu vas voir, c’est étonnant.., me répondit-il avec un sourire énigmatique.

 

Effectivement, nous étions en rase campagne, et Gilles me dit :

 

- C’est là.

 

Là, c’est une maison. Nous entrons dans la propriété, et sommes accueillis par Michel Anglade, qui nous offre un café.

 

- Bon, on y va ? demande ce dernier après avoir évoqué quelques souvenirs avec Gilles…

 

Je m’attendais à reprendre la voiture pour aller à la base. Mais rien de cela. En sortant de la maison, nous traversons le petit jardin, et je découvre un hangar, abritant 3 hélicoptères.

 

- On sort le Jet, dit Michel.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Je ne l’avais pas remarqué, mais au beau milieu du jardin, avec d’un côté un enclos où deux chevaux broutent tranquillement, et de l’autre des oies suivent la manœuvre avec attention, il y a un H, vers lequel nous roulons l’hélico.

 

 

Pas banal.
Visite prévol, puis Gilles s’installe aux commandes. Michel passe rapidement en revue le rôle de chacun des instruments, de chacune des commandes, à mon attention, car je lui ai demandé si je pouvais faire une vidéo de la séance.

 

Démarrage de la turbine, décollage en toute simplicité depuis le jardin… Ensuite, 30 minutes de régal : l’élève exécute impeccablement toutes les manœuvres commandées par l’instructeur, en ordre croissant de difficulté. Pas de doute, la licence sera renouvelée…

 

Enfin, nous nous posons sur un petit terrain ULM, histoire d’aller jeter un œil sur l’ULM de Michel (car évidemment, il ne pilote pas que des hélicos cet homme là).  

 

En sortant du hangar, Michel me dit

 - Bon, c’est à nous, maintenant !

 Pas du tout fier. J’avais eu le loisir les 30 minutes précédentes de mesurer le talent nécessaire pour maîtriser cet engin…

Mais je me dis que de toutes façons, le ridicule ne tue pas, et qu’on verra bien…

Je m’installe à droite, place pilote dans la plupart des hélicos. A nouveau briefing instruments et commandes, et Michel m’explique comment démarrer.

 

Cela commence fort, car sur Flight Simulator, on appuie sur CTRL+E et ça démarre. Il m’explique que si la température monte un peu trop, on soude la turbine et que ladite turbine coûte la bagatelle de 100 000 euros. 

Là, il n’est plus question de taper CTRL+E, mais d’abord d’appuyer sur le starter, et quoi qu’il arrive de ne jamais arrêter d’appuyer avant qu’une aiguille arrive à 58%, commencer à mettre des gaz lorsqu’un indicateur arrivera à 10 et qu’une petite aiguille dans le même cadran aura fait un tout complet et arrivera à 5… 

 

Pendant cela, je devrai surveiller une autre aiguille qui elle ne devra pas dépasser 800, tout en ayant un autre doigt prêt à appuyer sur un autre bouton au cas où cela ne se passerait pas bien. Il faudrait alors réduire l’admission –mais pas trop ! Et si tout cela ne faisait pas d’effet, précipiter l’autre main à l’opposé du pas collectif vers la vanne kérosène pour tout couper…
- Tu sauves la turbine ! termine-t-il.

Ouf, merci pour elle et mon porte-monnaie !

 

Et il veut que je fasse tout ça ?
- Oui, tu vas voir, ça va bien se passer, répond-il tranquillement.

 

Finalement, tout se passe bien et les pales tournent de plus en plus vite. Prêt à décoller, souple sur les patins, les pieds arrivent à faire tourner l’engin.

 

Mais aussitôt que je relève un peu le général pour m’élever, je fais un demi-tour vers la droite. Ah oui ? Le pied ! Pas grave, on décolle pas vraiment comme prévu, mais Michel laisse faire, il n’y a pas de vent… Et hop, ça monte, cyclique en avant, ça avance, pas très droit, les pieds, toujours les pieds.

Michel me fait redescendre un peu, et me dit simplement :

 

- Reste en stationnaire, face à la route. C’est pas dur, il suffit de regarder loin devant, tu vois, le petit bois, là-bas ? Tu le fixes, ne le quittes pas des yeux, et tu coordonnes tes 2 mains et tes 2 pieds pour que ça ne bouge plus !

 

Du rodéo, oui !

 

Mais il me laisse aller à la faute, et ne reprend énergiquement mais doucement que lorsque je mets vraiment l’ensemble (nous trois et l’hélico) en danger. Ce sont trois ou quatre minutes qui paraissent une éternité, et mouillent la chemise. Durant quelques secondes parfois, j’arrive à stabiliser la monture.

 

Je commence à sentir, à doser. Je me rends compte que le simulateur me permet de savoir ce que je dois faire, presque instinctivement, après quelques dizaines d’heures de pratique en pantoufles. Ce qu’il me faut, maintenant, c’est savoir doser ; et surtout mieux coordonner les pieds avec le reste.

 

Ensuite, c’est un vrai régal : on part en croisière à 200 km/h au milieu des champs, montant descendant, nous faufilant entre les bois, jouant à saute-mouton avec les obstacles… Remontant, stabilisant, redescendant…

 

 

 

 

 

 

Du pur bonheur.

 

C’est la partie la plus facile, et la plus grisante. Enfin, c’est l’atterrissage magique, dans le jardin. Là, bien entendu, j’ai rendu les commandes, après l’approche…

 

 

Que de sensations en vingt minutes ! Que de plaisir et de fierté…

 

C’est tout cela que je souhaite faire partager au plus grand nombre.

 

La formation hélico coûte une fortune, et bien des pilotes privés ayant réussi à assumer financièrement l’instruction ne volent plus quelques temps après souvent par manque de moyens.

 

Nous avons la chance, avec le simulateur, de ne pas passer à la pompe à kérosène, à ne pas avoir à payer l’entretien et les grandes visites, ni les assurances des dizaines d’aéronefs que nous avons dans nos hangars virtuels.

Nous ne comptons donc pas nos heures… mais je sais maintenant (pour l’avion ou l’hélico), que ces heures ne sont pas perdues et forment un tremplin vers le réel.

 

Et je pense, particulièrement pour l’hélico que faire un vol réel après quelques dizaines d’heures de simu décuple le plaisir de cette expérience par rapport à une simple séance d’instruction sans avoir touché auparavant au simulateur.

 

C’est en réfléchissant sur tous ces aspects que Michel Anglade a accepté depuis ce vol mémorable et avec enthousiasme de faire des « baptêmes d’instruction » à des simmeurs comme nous.